Lisa, grande et fière soeur d'Andreas*

J’ai toujours voulu écrire un article pour le blog, mais je ne savais pas du tout par où commencer. Je voulais tenir compte de beaucoup de choses, dont la plus importante, mes parents. Mais je me réalise que je peux uniquement écrire ma propre histoire. Comment je suis devenue une grande sœur, très fière de son magnifique frère ange Andreas.

18 novembre 1999 : Le jour où tout a commencé et où tout s’est terminé.

Tout le monde décrit ce moment comme « le plus beau moment de leur vie », mais pour nous tout est allé de travers. La naissance allait beaucoup trop vite et son cordon s’est rompu. Un parfait petit bonhomme avec 10 doigts et 10 orteils. Enfin près de nous, mais tout à coup parti, beaucoup trop vite.

Pendant ces moments d’enfer, je dormais chez mes grand parents. Ce n’est que le lendemain que j’apprenais la nouvelle. Le jour où m’a vie a changé pour toujours.

Mes souvenirs commencent au moment où on rentrait à l’hôpital. La petite lampe au-dessus de la porte était allumée, nous devions attendre dans le couloir. « La lampe veut dire qu’une infirmière s’occupe de ta maman », on me disait. La seule chose que je voulais, c’était voir mon petit frère. Ce petit être humain que j’avais attendu pendant 9 mois. Mon petit camarade de jeu. Je me souviens de chaque détail de la chambre à la maternité.

Dans cette même chambre, le cœur de chacun d’entre nous se brisait. Je voulais tenir mon petit frère dans mes bras. Mes parents ne trouvaient pas cela une bonne idée. Ils pensaient que j’étais trop jeune pour me réaliser ce qu’il venait de se produire. Aujourd’hui, ma mère considère cela comme « sa première grande erreur ».

19 ans plus tard, je ne lui reproche rien, mais ça n’a pas toujours été le cas. J’aurais voulu passer un peu de temps avec mon frère, prendre soin de lui, comme je me l’étais imaginé. Je me sentais tellement prête. Mais ils ne m’ont pas laissé, ce qui m’a rendu triste pendant longtemps.

Ce que je n’avais pas compris à ce moment-là, c’est que j’avais reçu quelque chose de très précieux, quelque chose que beaucoup de compagnons d’infortune n’ont pas, une photo de nous deux. La seule photo que j’aurais avec lui. Pour moi, la photo la plus précieuse sur terre. Sur cette photo, je ne vois pas une petite fille triste, mais une grande sœur, très fière, caressant son petit frère.

Les mois qui suivaient étaient difficiles, même difficile n’est pas encore assez fort pour décrire cette période. Toute la famille était endeuillée, un papa qui voulait se montrer fort et une maman complètement brisée. Je sentais leur chagrin, même s’ils essayaient de le cacher. Leur chagrin me faisait de la peine. Chez qui pouvais-je aller avec mon chagrin ? Avec mes peurs ? J’avais perdu mon frère, mais j’avais également peur de rester enfant unique.

Je ne voulais pas « déranger » mes parents. Ma maman était tellement triste et mon papa aurait tellement voulu prendre sa tristesse. Je ne voulais déranger personne avec mes sentiments ! Je m’isolais dans un coin, je pleurais parce que j’avais perdu mon petit frère… est-ce qu’il saurait à quel point je l’aime ?

Au fil des années, je trouvais des mécanismes de « coping ».  Dans mon bain, je l’écrivais des lettres dans lesquelles je racontais ce qu’il s’était passé à l’école et je rigolais beaucoup car il aurait sûrement trouvé ça drôle lui aussi. Quand j’étais dans mon lit et je me sentais seule, je lui parlais comme s’il était là. Comme si nous dormions dans la même chambre. Je n’avais pas de réponse, mais je sentais bien sa présence.

2 mai 2001 : ma douleur s’est allégée. Mon frère cadet Jan est né.

Un enfant né après le décès d’un petit frère ou une petite sœur, s’appelle un enfant arc-en-ciel. J’ai connu la signification de cela plusieurs années plus tard. Jan a toujours su qu’il avait un grand frère, grâce aux photos qu’on avait. A un certain âge, il a commencé à poser des questions sur son grand frère. Enfin, j’avais trouvé quelqu’un avec qui je pouvais parler d’Andreas. Son existence me donnait du réconfort et Andreas pouvait continuer à exister.

Aujourd’hui, ce petit frère est plutôt un grand frère, 17 ans et 1m83. Mais il restera toujours cet arc-en-ciel. Un rayon de soleil, là où c’était toujours sombre. Andreas vit en lui, il le prouve tous les jours, et j’en suis tellement reconnaissante.

Cher Andreas, je veux te remercier. Pour la direction dans laquelle tu m’as poussée. Sans toi, je ne serais jamais devenue photographe pour Au-delà Des Nuages. Jamais j’aurais rencontré toutes ces personnes extraordinaires. Et quand ça devient difficile, tu es toujours là pour me donner du courage.

Ta grande sœur (fière de toi),
Lisa






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