Comment Marilou m’a inspiré à commencer Au-delà Des Nuages

Quand on me demande quel est mon métier, je dis « je suis sage-femme ». On me répond souvent, « Oh quel magnifique métier ». Ma réponse est toujours la même : « Oui, la plupart du temps… » Heureusement, c’est vrai pour la plupart des cas, mais parfois ça tourne mal. Et quand ça tourne mal, nous sommes confrontées avec la pire chose que nous pouvons vivre en tant que parents. A ce moment-là, nous, les sages-femmes sommes témoins d’une tristesse immense.

Pendant mon premier stage à la salle d’accouchement, j’ai perdu 5 bébés et une maman. J’étais perturbée, plus très sûre que j’arriverai à exercer ce métier. Pendant un moment, j’ai hésité à continuer mes études. J’ai pu assister à beaucoup d’accouchement avec une fin heureuse, ça me donnait beaucoup d’énergie. Cependant, cette première période de stage a laissé ses traces.


Une belle transition

Après mes études, je ne trouvais pas de place comme sage-femme. J’ai travaillé dans un home pendant quelques temps. Là aussi, la mort était très présente. J’ai appris que assister les gens à mettre un enfant au monde ou les assister à mourir dignement est un peu la même chose pour un aide-soignant. On a un sentiment intense de satisfaction quand on peut aider les gens à faire une belle transition, vers la parentalité ou vers la mort. La mort devenait quelque chose de très réelle. Je pouvais faire la différence en tant qu’aide-soignante. Quand j’ai enfin commencé ma carrière de sage-femme à Ostende, j’avais pas mal d’expériences. J’avais beaucoup appris sur comment gérer la perte d’un être cher et la mort en soi.

Marilou, une parfaite petite fille

Les sages-femmes savent que même si les parents ne le veulent pas, elles doivent prendre des photos d’un bébé décédé. Un jour viendra où les parents demanderont ces photos de leur enfant. Parfois après un an, parfois même après 10 ans. Chaque service de maternité a un dossier sur le PC avec des photos de bébés. Les sages-femmes ne sont, la plupart du temps, pas des photographes. Ces photos sont malheureusement souvent « affreuses », très médicalisées et difficile à regarder.

Un jour, je rencontre Anne-Sofie et Roel dans notre service, leur fille Marilou était décédée dans le ventre de maman. J’avais mon appareil photo avec moi et je leur ai proposé de faire des photos de l’accouchement. Non seulement la naissance, mais aussi le premier (et unique) bain, les soins, ses mains et pieds étaient prises en photos. Nous avons fait des photos de famille et de chaque détail de cette parfaite petite fille. C’était trois jours intenses durant lesquels Anne-Sofie et Roel m’ont permis de faire partie de leur chagrin, tristesse, fierté, doutes et leur nouvelle réalité. Cette expérience a créé un lien entre nous, et nous sommes devenus amis. Ils m’ont souvent raconté par après à quel point ces photos étaient importantes, quelle différence elles font et quel beau souvenir elles sont de Marilou.

Fierté et reconnaissance

Depuis ce moment-là, j’ai proposé aux collègues du service de m’appeler à chaque fois qu’un bébé naîtrait sans vie dans notre service. Peu de temps après, je tombe sur l’histoire de Sharon sur internet et prends l’initiative de la contacter. Je voulais avoir une remplaçante en cas d’absence. Nous nous sommes rencontrées très vite et nous avons constaté que nous avions un but en commun. Tous les parents ont le droit d’avoir des photos de leur bébé décédé, alors pourquoi pas aller dans tous les hôpitaux. Ainsi « Au-delà Des Nuages » est née. Une magnifique initiative qui, tout de suite, a connu un grand « succès ». Je suis tellement fière que grâce à l’histoire de Marilou, Au-delà des Nuages a été créée et chaque jour des photographes offrent aux parents, ce que j’ai pu offrir aux parents de Marilou.

Merci à tous nos photographes de vouloir faire ce geste pour tous ces parents. C’est un des plus beaux cadeaux que nous pouvons les offrir.

 

L’histoire de Anne-Sofie et Roel

Après une grossesse de 39 semaines et un dernier contrôle chez le gynécologue, nous étions impatients d’enfin rencontrer notre premier enfant, Marilou. Nous avions un parfait week-end, un samedi avec des amis et un dimanche détendu. Trop détendu… Je me suis réalisée que je n’avais plus senti de mouvement dans mon ventre depuis quelques temps. Je ne me sentais pas à l’aise, mais ce n’est que la nuit de dimanche à lundi que je me faisais vraiment des soucis. J’ai appelé la maternité, la sage-femme m’invitait à venir faire un contrôle. Une fois arrivé sur place, le cauchemar a commencé. Plus de pouls, le choque, les larmes, l’incroyance et beaucoup de questions.

 

Un silence assourdissant

Marilou est née le mardi 28 septembre 2015 par voie basse, grâce à une équipe médicale extra. 3080 grammes, 51,5 cm, un bébé magnifique et parfait, mais un silence assourdissant. Et de nouveau : la tristesse, l’incroyance, mais aussi de la fierté, nous sommes devenus des parents et nous avions un sentiment unique en tant que couple. Les 3 jours qui ont suivi, nous avons gardé Marilou avec nous dans la chambre de la maternité. Jour et nuit, nous étions suivis par la psychologue, les sages-femmes, gynécologue et notre famille proche. Nous avons énormément profité de ces moments ensemble. Après, nous avons pu régler l’enterrement, quelque chose de très intime, tout le monde pouvait faire connaissance avec Marilou, grâce aux photos prises par Anneleen (sage-femme, photographe et fondatrice d’Au-delà Des Nuages).

 

Les détails deviennent vagues

Anneleen avait proposé de faire des photos de l’accouchement et des moments après. Quelle chance ! En tant que parange, on n’a pas l’énergie de prendre des initiatives. Certaines images, on n’oubliera jamais, mais d’autres détails deviennent vagues. Jamais nous aurions eu l’idée de prendre des photos de notre fille, mais nous l’aurions tellement regretté. Anneleen était très professionnelle et avait beaucoup d’empathie. Le résultat est un reportage magnifique des jours les plus magnifiques et sombres de notre vie : la naissance et les adieux de notre premier bébé.

Marilou se trouve partout dans notre maison. Aucun jour ne passe sans l’avoir vu. Nous sommes très reconnaissants de l’avoir près de nous de cette façon et fiers de pouvoir la montrer à tout le monde. Des amis parlent spontanément d’elle lors d’une visite à la maison, après avoir vu l’une de ses photos. Ca fait beaucoup de bien car elle n’est pas oubliée.

Boven de wolken
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