Témoignage d'un photographe

Faire le pas vers l'association

J’ai pour la première fois entendu parler de l’association au détour d’un post Facebook d’une amie, infirmière en néonatalogie, qui relayait un appel à la candidature de nouveaux photographes pour renforcer l’association.  Insouciant papa de deux petites filles, sans aucune relation avec le monde médical, je n’avais jamais été particulièrement sensibilisé à la question du deuil périnatal, et encore moins à l’importance d’offrir un souvenir photographique aux parents d’un bébé décédé. Mais, étrangement, cette idée a tout de suite résonné en moi…

J’ai pris contact le soir même avec Aurélie, la responsable la section francophone de l’association, via Messenger. En tant que photographe amateur, j’avais de sérieux doutes quant à ma capacité à rejoindre une association qui reste composée, en grande majorité, de professionnels expérimentés. Mais Aurélie a dissipé mes inquiétudes avec toute la sensibilité et la gentillesse qui la caractérise et, quelques jours plus tard, ma candidature (un bref formulaire et un petit portfolio, on ne peut plus simple…) était acceptée. Avant même ma première séance, j’ai également eu la chance de participer à un workshop organisé par l’association. Une occasion unique d’en apprendre plus sur le deuil périnatal, sur le déroulement des prises de vue et sur le fonctionnement bien rodé de ce fantastique groupe de bénévoles.

Ma première fois, avec un photographe expérimenté

Après quelques courtes semaines d’attente, je reçois un message. Un appel vient d’être reçu de la maternité. Aurélie me demande si je suis disponible pour y répondre en tant qu’accompagnant d’un photographe expérimenté de l’association. Je suis à quelques centaines de mètres de là pour des raisons professionnelles. J’accepte, non sans une certaine appréhension…

10h00, rendez-vous dans le hall de la clinique avec Julian, un des « piliers » de l’association que j’avais déjà rencontré lors du workshop. 

La boule au ventre mais le regard clair, pour reprendre les mots de Julian...

10h15, la porte de la chambre s'ouvre. Rencontre avec deux parents qui doivent dire au revoir à leur petit garçon. Dignité, respect, courage... Difficile de trouver les mots. Julian trouve les mots. J'apprends.

10h30, Rencontre avec un petit garçon adorable "qui a les grands pieds et les grandes mains de son papa", pour citer sa maman. Ils rient. Quelques photos de lui, seul d'abord et, petit à petit, les parents qui se rapprochent... Regards. Gestes. Tendresse. Amour...

11h30, la séance se termine. J'aurais juré que quelques minutes seulement s'étaient écoulées. Moment hors du temps sans doute. Les mots de Julian, encore, pour m'encourager. Aussi simples que précieux.

12h30, je rentre à mon bureau. Impossible de ne pas travailler tout de suite sur les photos. Quelques bonnes surprises, quelques moins bonnes également. Il faudra donner le temps au temps pour apprendre. Arrivé à la dernière retouche, une larme coule sur ma joue.

Ma première fois, seul

Nouvel appel, cette fois au début du grand confinement. Contrairement aux précédentes séances, où j’avais eu la chance d’accompagner ou d’être accompagné, cette fois l’appel vient de la clinique à quelques kilomètres de chez moi et, compte tenu des circonstances, il faudra y aller seul, avec un masque. Je me lance.

La nuit est tombée. L’hôpital confiné ressemble à un labyrinthe désert mais les sages-femmes, apparemment heureuses de me voir arriver, me guident gentiment. La porte de la salle d’accouchement s’ouvre…

Je fais la connaissance de deux jeunes parents, bouleversés par la perte de leur petite fille, à peine quelques minutes plus tôt. Bouleversés, mais infiniment dignes, apaisés et proches l’un de l’autres. Je ne peux m’empêcher d’admirer leur courage.

La salle, en sous-sol est sombre et les problèmes de lumière se multiplient. Mais je m’accroche et trouve des solutions. Les parents m’aident en tenant des tissus. C’est un peu surréaliste, mais nous en rions ensemble. Ils s’embrassent, la petite dans leur bras. Je déclenche pour fixer pour eux ce baiser qui, à lui seul, résume tant de choses.

Je rentre chez moi et, non sans une certaine anxiété, je me précipite pour traiter les photos prises. Elles ne sont pas du tout parfaites. Mais, au détour d’un regard, d’une petite main serrée ou d’un baiser délicatement posé, on ressent assez bien l’atmosphère de cet instant unique qui restera à jamais gravé dans le cœur des parents. Et, je le sais aujourd’hui, dans le mien également, comme toutes les séances qui suivront.

J’envoie les photos finalisées quelques jours après. A peine quelques minutes plus tard je reçois en retour un message débordant de gentillesse et de gratitude de parents.

A ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai décidé de rejoindre « Au-delà des Nuages ». Peut-être ne le saurai-je jamais. Mais ce que je sais c’est je m’y sens à ma place et que je suis convaincu que notre action est pleine de sens. Pour les parents. Pour les familles. Pour nous.

Michel

 

Boven de wolken
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