Elle s'appelle Lou

Ce dimanche 31 mai 2020 vers 20h00, je dévale les escaliers pour rejoindre mon conjoint dans son bureau; je suis à 7 mois de grossesse et je ne sens plus mon bébé bouger!

Je m’étais un peu allongée après une journée bien remplie. J’ai peur….je tremble mais j’essaie de me rassurer en me disant que la première fois que j’avais été en urgence à l’hôpital, c’était une fausse alerte. « Tout va bien Mme, vous pouvez rentrer chez vous… »

« Tu es probablement fatiguée, bébé aussi! Nous avons monté les meubles de sa chambre, c’est normal! » me répond -t-il. « Non non je ne sens plus rien! », j’ai fait tous les tests possibles lus sur internet (imaginez un format baleine s’agiter sous les draps du lit) et…rien » lui dis-je en pleurant. D’un bond, il se lève et nous partons à l’hôpital.

Arrivés aux services des urgences, nous sommes accueillis par une sage-femme qui m’installe dans une chambre et place le monitoring. Ouf!! Ca bat!! On en rigole..encore une fausse alerte. La sage-femme m’informe qu’elle va appeler le gynécologue de garde pour faire une échographie et s’assurer que bébé va bien.

Sur l’écran, notre petite fille a tout pour plaire, les dimensions sont dans les normes, crâne ok, mains et pieds ok…..Le gynécologue se retourne d’un coup vers moi et me regarde droit dans les yeux: « Je n’ai pas une bonne nouvelle, le coeur de bébé s’est arrêté!! » « Pardon??? » « Comment est-ce possible? » Je regarde le monitoring et le bruit que l’on entendait était mon pour cardiaque, pas celui de notre fille! « C’est pas possible….. » Le monde s’écroule, plus de repère. Je cherche du regard un réconfort. La sage-femme me tient la main. Mon amoureux est détruit!

Tout s’enchaine, les démarches qui vont suivre, on me parle des pompes funèbres… quelles pompes funèbres? Il y a à peine 2 heures nous étions heureux à la maison à 3! « Il faut procéder à un accouchement naturel le plus rapidement possible mais prenez le temps de la réflexion. » Il est presque minuit, mes yeux voient flou tellement ma tristesse déborde, j’ai la tête qui tourne, je ne sais quasi plus dire un mot…et je dois décider maintenant? La sage femme, toujours à mes côtés, essaye avec douceur de me rassurer, me calmer, de m’expliquer les différentes étapes. « Vous ne serez pas seule, nous sommes là » Si vous saviez dans quel état d’esprit je suis actuellement….même un ours sur sa banquise ne se sent pas aussi seul, aussi perdu!

Nous décidons de rentrer à la maison et de revenir à 8h le lendemain. J’ai besoin de me retrouver dans un environnement rassurant, de faire un gros câlin à mes chiens, de préparer mes affaires et surtout de serrer fort mon amoureux.

Lundi 01 juin, l’équipe au complet nous attends. On me perfuse et m’injecte un produit qui va enclencher le travail et par la même occasion me rendre malade comme un chien! Il est 08h30, le col est ouvert de 2 cm. Les heures passent, la fatigue s’installe, la peur et la joie se mélangent. Je vais enfin te rencontrer mais en même temps j’ai tellement peur de toi. Comment seras-tu? Je n’ai pas envie de te voir mais si je rate cet instant je vais le regretter, m’explique la sage-femme. Je veux la voir! Oui c’est décidé, on va se rencontrer! Ton papa à hâte.

L’accouchement se passe bien dans le calme et tout en douceur. Il est magique. Je sais que tu ne crieras pas, je sais que tu es déjà ailleurs, j’en suis consciente mais je vais être maman et je vais te voir, ma fille à 21h15. Lorsque l’infirmière te présente à nous, c’est à la fois le plus beau moment de nos vies et le plus douloureux qu’il nous ait été possible de vivre. Tu es magnifique…tu as les lèvres de ton papa, de si jolies petites mains et déjà de grands pieds (j’avais peur que tes chaussons ne soient trop petits). Le temps s’arrête, se fige et ces moments resteront à jamais gravés dans nos coeurs. Nous t’avons appelée Lou.

Lorsque tu repars avec l’infirmière c’est un déchirement, un adieu, un au revoir, un pourquoi nous? pourquoi toi? On était prêt, la famille t’attendait, ton grand-père avait déjà pleins de chansons prêtes pour toi.

Je suis restée quelques jours à l’hôpital dans la chambre au fond du couloir pour « éviter d’entendre les autres bébés pleurés » Je suis restée dans ce placard à balais, avec mon amoureux ,seuls, désemparés, meurtris. Le contexte du coronavirus n’aidant pas, aucune visite n’est tolérée.

Les questions ont commencé à émergées en masse. Les réponses sont encore aujourd’hui inconnues. Une psychologue nous a rencontré, 2 minutes top chrono. « J’ai beaucoup de travail donc j’ai préparé une liste d’association ou site pour vous aider » Merci, mais je ne suis pas droguée, ni envie de me suicider. Je suis juste une maman qui vient de dire au revoir à sa fille mais ça ne figure pas sur votre liste.

Les jours passent. Les amis se font rares. Sauf une collègue devenue pour moi une amie de grande valeur aujourd’hui. Je cherche de l’aide par tous les moyens. Il existe des groupes de paroles….en fait il en existe 2 mais ne reçoivent pas, Covid oblige. Il y a des groupes sur le net, des associations mais on ne se rencontre pas, on parle…ou pas. Et puis, il y a « Au delà des nuages », photographes passionnés et bénévoles qui illuminent votre bébé. L’idée me plait beaucoup, j’adore! Quel dommage de ne pas avoir été mise au courant de son existence. Ils mettent en lumière votre enfant dans ces moment si sombres. Je prends contact, on me réponds de suite. Je me sens moins seule tout d’un coup. Elle m’explique qu’ils ne sont pas dans tous les hôpitaux car les démarches ne sont pas si évidentes. Ils ne peuvent s’imposer, on doit les contacter. J’en parle à ma gynécologue. L’hôpital l’appellera.

Aujourd’hui si je fais le bilan, je n’ai aucune réponse à tout ce qu’il s’est passé. Je n’ai trouvé que du réconfort auprès de ma collègue de travail, auprès de mon médecin traitant et mon amoureux. La famille essaye tant bien que mal de m’aider mais n’ont pas toujours les mots (on ne leur a pas appris). Je n’ai pas de psychologue pour m’épauler, renseignée par l’hôpital et quand j’obtiens un rendez-vous avec une autre, pas avant fin septembre. Les livres sont lus par dizaine. A chaque fois, ils me rendent tristes.

Au fond, quand je réfléchis, je me dis que ça n’est pas ça qui me rendra le sourire. En parler oui, témoigner oui mais moi j’aimerais tout simplement revivre. Rien ne sera plus pareil mais nous « paranges » n’avons nous pas le droit de profiter à nouveau de la vie? De là, il me vient une idée, créer une association où les parents endeuillés se retrouvent et partagent des moments,ensembles, de joie, de bonheur. Des choses simples de la vie. Théâtre, musée, cinéma, randonnées avec les chiens….soirée dansante? Pourquoi pas? Un rendez-vous avec nos étoiles…
Boven de wolken
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